Docteur Michel Lefrancq
Docteur Michel Lefrancq
Le 14/05/2020 à 14:07
L'avis (différent !) d'un autre virologue , Marc Wathelet

L'avis (différent !) d'un autre virologue , Marc Wathelet

Le virologue Marc Wathelet a très précocement adressé au gouvernement et au Conseil national de sécurité un avis précis et motivé, dont les conclusions différaient de celles dudit Conseil. Il n'a pas été écouté mais l'évolution de la pandémie lui a chaque fois donné raison, quelques semaines plus tard. Voici les 2 interviews qu'il a accordées au journal Le Spécialiste; l'avis complet qu'il a remis au gouvernement est disponible par un lien après le 1er article.

Une alternative: un plan rationnel de déconfinement - Le Spécialiste 12/05/20 22'17

Déconfinement : le plan alternatif du virologue Marc Wathelet

La Belgique, comme le reste du monde, planche sur un plan de déconfinement. C'est une question bien difficile: on espère pouvoir reprendre une activité économique sans causer une nouvelle vague de cas qui nécessiterait de réimposer un confinement. Marc Wathelet , spécialiste du coronavirus, a envoyé à Sophie Wilmés une alternative au plan du gouvernement. A découvrir ...

Le GEES propose un plan qui aura bien sûr l'oreille du gouvernement, mais qui souffre d'une déconnexion de certaines réalités concernant COVID-19, en particulier la nature de cette maladie, les propriétés du virus qui la cause, son mode de transmission, et la réponse immunitaire individuelle et collective à ce virus, SARS-CoV-2.

Je propose en alternative au plan du gouvernement, un plan très sérieux de déconfinement, qui est basé sur le principe de réalité, la compréhension des différences entre SRAS et COVID-19, la compréhension des mesures de santé publique requises, et le principe de précaution. De plus, ce plan est celui qui remettrait l'économie Belge en marche le plus rapidement possible et au moindre coût, s'il était adopté. Et il implique la participation d'entreprises privées belges en plus d'actions gouvernementales.

Ce plan est long et détaillé, et le texte complet peut-être trouvé ici. Je considère d'abord la question de l'immunité, un sujet complexe apparemment mal compris par les experts qui se sont prononcés publiquement sur le sujet, et les implications pour un retour à l'école et au travail.

J'explique les différences essentielles entre SRAS et COVID-19. Sciensano, et le gouvernement, continuent à nier ces différences. Le gouvernement propose donc une stratégie qui n'est pas adaptée à la situation. Pourtant ces différences doivent informer notre stratégie de déconfinement.

J'explique aussi la transmission asymptomatique et par aérosol pour arriver à la conclusion que les masques pour tout le monde seront indispensables. Je livre ici quelques conclusions clés de mon plan.

1) On ne peut pas compter sur l'immunité individuelle ou collective

Il semble clair qu'on ne peut pas compter sur l'immunité collective pour contrer la propagation de COVID-19 pour deux raisons : le niveau individuel d'anticorps induit lors de l'infection est souvent trop faible et instable ; et un haut niveau d'anticorps est associé chez les patients COVID-19 à une exacerbation sévère de la maladie : les anticorps ne sont pas toujours bénéfiques, ils peuvent avoir des effets délétères, c'est un phénomène observé avec certains virus.

2) Le mode dominant de transmission de COVID-19 est par aérosol.

On ne peut pas concevoir un plan de déconfinement sérieux qui n'accepte pas cette réalité. J'explique comment nous produisons des aérosols simplement en respirant et comment les aérosols infectieux contribuent à la propagation de la maladie. Un plan qui ne tient pas compte de cette réalité ne peut que conduire à une seconde vague plus importante que nécessaire.

3) La distanciation sociale est tout simplement ineffective pour les virus qui se transmettent par aérosol.
Avec un éternuement qui peut projeter des gouttelettes infectieuses à 8 m, et avec une transmission par aérosol qui peut envoyer des microgouttelettes sur des distances encore plus grandes, ce n'est pas une distanciation sociale de 1,5 m qui va contenir le virus. Seuls des masques efficaces permettent une densité de foule compatible avec une activité économique quasi-normale.

4) Les propriétés de SARS-CoV-1 et SARS-CoV-2 sont fort différentes.
Ces différences épidémiologique et de mode de transmission expliquent la différence énorme dans la propagation de SARS-CoV-1, seulement quelques 8.000 cas en 6 mois, vs. plus de deux millions pour SARS-CoV-2 dans le même lapse de temps.

5) La transmission de SARS-CoV-1 et SARS-CoV-2 sont fort différentes - les écoles.
Les évidences scientifiques indiquent que la plus grande prudence est de mise avant la réouverture des écoles, car l'idée que les enfants ne contribueront que peu à la propagation du virus est basée sur une analyse erronée. L'absence de moyens pour empêcher la transmission par aérosol ne peut que conduire à une deuxième vague. Il faudra des masques pour prendre le bus et retourner à l'école sans mettre la communauté en danger.

6) Le coût d'une deuxième vague peut être très important, à court et long termes.
En plus du coût important associé à une hospitalisation, les patients ne sortent pas toujours indemnes de COVID-19. Outre une rééducation longue et coûteuse pour ceux qui ont survécu une intubation en soins intensifs, les patients hospitalisés peuvent avoir des séquelles respiratoires, cardiaques, hépatiques et neurologiques. Ces séquelles peuvent être sérieuses, et imposent un coût individuel et collectif important.

7) Rendre aux médecins la liberté d'exercer leur profession sans ingérence.
Il faut laisser aux médecins la liberté de prescrire ce que leur expérience et conscience dictent et en consentement éclairé avec le patient, ce qui devrait réduire les hospitalisations, les décès et les coûts.

8) Au niveau de la population générale, il faut faire une transition des masques en tissus, vers des masques chirurgicaux, puis vers des FFP2 ou mieux.
La manière la plus simple et la moins couteuse d'écraser la deuxième vague est de fournir des masques progressivement de plus en plus efficaces, en fonction de leur disponibilité, au grand public. Plus on écrase la deuxième vague, plus les coûts humains et économiques seront réduits.

> Téléchargez l'intégralité du rapport: cliquez ici

(Cet article est extrait du journal Le Spécialiste: https://www.lespecialiste.be/fr/actualites/une-alternative-un-plan-rationnel-de-deconfinement.html )

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La Belgique devrait écouter les messages de l'Univers... ( Marc Wathelet ) - Le Spécialiste 12/05/20 22'16

La Belgique propose de rouvrir partiellement les écoles le 18 mai, une position défendue par les "experts" qui se sont exprimés publiquement, car les enfants ne transmettraient pas le virus de manière significative. Marc Wathelet met en garde en citant une récente expérience canadienne.

Un premier foyer d'éclosion de coronavirus dans une garderie est à déplorer au Québec. Un enfant serait à l'origine de la propagation, a fait savoir le
Dr. Richard Lessard, directeur de la santé publique de Lanaudière. Dans un service de garderie pour les enfants de travailleurs essentiels à Mascouche, 12 enfants sur 27 ont contracté la COVID-19; ainsi que 4 des employés.L'enquête de la santé publique sur ce cas, employant une trentaine de personnes à temps plein et en cours depuis le 30 avril, devrait se conclure dans quelques jours et nous éclairera sur des aspects importants de la transmission de ce nouveau coronavirus https://tinyurl.com/y6vrlf5n.

En Belgique, les experts qui se sont exprimés publiquement sur la réouverture des écoles, étaient tous d'avis que la transmission dans les écoles ne seraient pas substantielle, et étaient parfois même très catégoriques. Ainsi, le Professeur Herman Goossens nous disait à propos de la transmission du virus par les enfants: Kinderen zijn absoluut geen risico voor volwassenen en zelfs waarschijnlijk niet voor oudere mensen. Absoluut niet. (De afspraak, sur Canvas, 30 avril 2020).

Comme depuis le début de cette crise, le gouvernement, les experts et les médias veulent nous rassurer. Au lieu de nous rassurer en nous informant sur la réalité du danger, d'adulte à adulte, et en prenant des mesures sensées, ils minimisent le danger pensant peut-être que cela va nous rassurer. Et pour minimiser le danger, ils nous désinforment, et du coup nous déforcent dans la lutte contre ce virus. C'est toxique, et indigne.

Encore une fois, la science et les principes de santé publique sont bafoués par des experts pour justifier des décisions politiques. J'ai indiqué publiquement (https://tinyurl.com/yd5pk4n6) qu'il s'agissait de fausses réassurances, que la lecture correcte de la littérature scientifique indiquait que le virus se transmettrait dans les écoles, et que donc il était impératif de ne pas rouvrir les écoles avant que tout soit en place pour pouvoir le faire dans des conditions ouÌ€ le risque de transmission est effectivement minimisé. Ce qui ne sera pas le cas le 18 mai!

Pourquoi est-ce que les écoles sont connues comme étant un tel moteur pour la propagation des maladies respiratoires? La population d'un pays est composée de groupes sociaux qui ne se rencontrent que très peu en fonction de leur occupation, et dans le contexte d'une pandémie, cette isolation relative entre groupes sociaux limite la propagation du virus.

Tous ces groupes peuvent se mélanger dans certaines activités, comme faire ses courses par exemple, mais la probabilité d'une transmission est fonction de la durée de l'interaction. Et donc c'est à l'école, au travail et à la maison que la transmission est la plus importante, car ce sont les personnes que nous rencontrons dans ces contextes avec qui nous passons le plus de temps.

C'est là que le danger d'une ouverture précipitée des écoles devient évident. Tous les groupes sociaux qui n'entrent normalement pas en contact dans leurs activités régulières sont maintenant en contact par une transmission entre enfants à l'école. Presque la moitié (12/27) des enfants de cette garderie au Québec se sont retrouvés infectés, ainsi que 4 employés. Il ne faut pas beaucoup d'épisodes de ce type dans les écoles belges pour que la seconde vague prenne de l'ampleur.

Les autorités de santé publique de Lanaudière ont reporté de deux semaines la réouverture des garderies et des écoles primaires de la région en attendant d'y voir plus clair. Le Dr. Lessard veut tirer les leçons qui s'imposent, a-t-il promis. Car selon lui, il faut s'attendre à d'autres éclosions dans d'autres garderies. Une étude portant sur 391 cas confirme que les enfants ont un risque d'infection semblable à celui du reste de la population https://tinyurl.com/ybcjaolv.

L'Univers vient d'envoyer un message à la Belgique: vous vous trompez si vous pensez que COVID-19 ne se transmet pas ou peu dans les écoles. Est-ce que nos experts et notre gouvernement voudront bien prendre ce message à coeur?

Ce que l'expérience et l'histoire nous enseignent, a dit Georg Hegel, c'est que les peuples et les gouvernements n'ont jamais rien appris de l'histoire, ou agit sur la base des principes qui en sont déduits.

Est-ce que la Belgique va suivre le gouvernement de la France, qui programme la réouverture des écoles le 11 mai contre l'avis de son conseil scientifique et celui de l'Ordre des médecins, qui déplore un manque absolu de logique et dénonce une décision qui reviendrait à réintroduire le virus https://tinyurl.com/ybfatrv2?

Ou est-ce que la Belgique va suivre les gouvernements de l'Italie, l'Espagne, la Roumanie, le Portugal ou l'Irlande : pas d'école avant le mois de septembre? https://tinyurl.com/ydetlw6d.

Giuseppe Conte, le chef du gouvernement italien ne rouvrira pas les écoles avant septembre, pour ne pas mettre en jeu la santé des enfants https://tinyurl.com/y7r6qlct. L'école est au centre de nos pensées et rouvrira en septembre. Mais tous les scénarios préparés par un comité d'experts prévoyaient des risques élevés de contagion en cas de réouverture des écoles avant septembre, a-t-il dit.

Oui, nous pouvons organiser les examens finaux de la dernière année du secondaire en relative sécurité dans les écoles désertées, pour permettre à ces étudiants de rentrer dans la vie professionnelle ou de poursuivre des études supérieures.

Autrement, notre choix est clair: nous pouvons rouvrir les écoles prématurément pour permettre à une fraction des élèves d'avoir quelques jours de cours avant l'été et ainsi nourrir une deuxième vague de cas COVID-19 dont notre personnel de première ligne, épuisé et encore et toujours incomplètement équipé, se passerait volontiers ; ou nous pouvons mettre l'été à profit pour préparer une rentrée scolaire dans des conditions de santé publique raisonnables. écoutons l'Univers !

(Cet article est extrait du journal Le Spécialiste: https://www.lespecialiste.be/fr/debats/la-belgique-devrait-ecout...741b&tk_datetime=2020-05-12+21%3A45%3A18&tk_domain=lespecialiste)

À propos de l'auteur

Dr Michel Lefrancq, médecin spécialiste - ORL - médecine intégrative

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